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ALY MOULADY EDIFIE SUR LA PROFESSIONNALISATION DE LA MUSIQUE CONGOLAISE

L’artiste musicien ALY MOULADY ne fait plus parler de lui depuis belle lurette. Son silence, qui perdure, étonne ses admirateurs. Pourtant, l’artiste est bel et bien là et n’a pas arrêté avec la musique. Il s’est confié à nous à l’occasion de ce 108ème numéro de notre Web-Interview écrite TO SOLOLA.

RHODMAN ODIKA
• Vous avez fait la pluie et le beau temps de la musique congolaise avec l’album SÉRÉNADE sorti en 1996, qu’êtes-vous devenu ?

ALY MOULADY
● Je suis toujours là. Je n’ai pas changé. Je suis toujours la même personne, le même artiste, avec cette belle voix que les gens connaissent. Tu l’as dit… dans ces années, j’avais posé les bases de l’afrobeat dans mon pays. Quoi qu’on dise l’album “Sérénade”, 22ans après me donne raison: J’ai fait ce que les autres font aujourd’hui. Je suis actuellement en pleine maturité et conscient des enjeux…

RHODMAN ODIKA
• Que voulez vous dire par là ?

ALY MOULADY
● Je suis un précurseur, un pionnier, un explorateur… “Sérénade” est un album qui mêlait chant, rap, reggae et d’autres styles musicaux et j’étais le premier en 1996, avant tout le monde… 22ans plus tard, cet album est l’un des classiques de la musique congolaise et j’en suis très fier! Le monde a changé, la musique se consomme autrement à coup de “like” sur les réseaux sociaux mais elle doit normalement nourrir ses créateurs, je suis toujours guidé par le côté ” Banquable ” de la musique.

RHODMAN ODIKA
• Pourquoi avez-vous gardé ce long silence ?

ALY MOULADY
● Silence discographique Oui, silence créatif Non… Je laisse passer beaucoup de temps entre deux albums, par souci de perfection. D’autres choses aussi se sont greffées à ma vie, ce qui fait que les albums tardent à sortir alors que j’ai une quarantaine de titres déjà prêts à 203 Studio.

RHODMAN ODIKA
• Vous avez à votre actif 3 albums. S’il faudra faire un aperçu de ces Opus, pour la nouvelle génération qui ne vous a pas connu!

ALY MOULADY
● L’album “Sérénade” a ouvert mon chemin artistique… En 1996 alors jeune étudiant en France j’arrive au pays où les ” Les Nouveaux Missiles ” d’Extra Musica régnaient en maître. Il a fallu 1 mois après la sortie de la “Cassette” à l’époque pour que je sois le N°1 des ventes puis s’en est suivi des tournées au Gabon, en Côte d’Ivoire, en France…

“Bouge” sort en 2005 avec des titres comme “Ndimela nga, “Mama africa”, “Ça va chauffer” où dans le clip on retrouve Jessi Matador alors simple danseur à cette époque.

“Maxi bonheur” était un Maxi single composé de 6 titres où on retrouve des titres à succès comme “Bolingo na yo”, “Hymne à la vie”, etc.

RHODMAN ODIKA
• Quel est ton plus beau souvenir de cette époque ?

ALY MOULADY
● Ahh ça il y en a tellement assez, lorsque la maison Globe Music m’annonce que mon premier album “Sérénade” était meilleure vente et aussi les voyages un peu partout dans le monde grâce à ma musique, en tout cas c’était vraiment la belle époque.

RHODMAN ODIKA
• Peut-on nous attendre à un nouvel album ? d’ici là… S’il faut parler actualité, qu’est ce que nous pouvons retenir ?

ALY MOULADY
● En fin d’année je serai présent sur le marché du disque avec un Maxi single de 04 titres “Sur mesure”. L’actualité c’est le bouclage de ce projet à 203 Studio.

RHODMAN ODIKA
• 04 titres n’est pas insuffisant ? après 10ans d’absence sur le devant de la scène ? Et pourquoi le choix de ce titre ?

ALY MOULADY
● J’aurai pu sortir un single par ici, single par là mais je préfère revenir sur un Maxi single de 4 ou 6 titres et je pense que je vais me faire violence c’est à dire sortir après un album de 12 titres courant 2020. Ce titre est déjà dans les tuyaux depuis 5ans. Les titres proposés sont taillés sur mesure voilà pourquoi!

RHODMAN ODIKA
• Quel regard portes-tu sur la musique congolaise d’aujourd’hui ?

ALY MOULADY
● Je suis de ceux qui pensent qu’on demande aux artistes d’être des administrateurs de la vie civile… En retour qui les rétribuent ? Il y a toujours eu dans la musique des amuseurs, des conscients et j’en passe… chacun va là où l’herbe est plus verte.Mon regard sur notre musique est froid, réaliste et lucide car la professionnalisation tarde à venir. Trop de mimétisme, les zikos congolais copient ce qu’on leur a copié.

Le Coupe Décalé ou l’Afrobeat nigérian sont des émanations de la RUMBA congolaise… Au lieu de la faire évoluer nous mêmes, les autres le font à notre place et n’importe comment, le jeune congolais devient le suiveur… Le plagié devient plagieur!

Le musicien congolais n’est pas “Professionnel” puisqu’il ne vit pas de la musique. Ces derniers temps on annonce plus de sortie de disque mais plutôt de clip qui tous le savent est gratos, on paye cher les réalisateurs pour ne rien gagner en retour à part les “like” sur les réseaux sociaux. Et pour couronner le tout, on voit déferler dans les capitales africaines des mercenaires estampillés “Sony Music et Universal” qui se servent de ces noms prestigieux pour appâter les pauvres jeunes en les faisant signer des contrats “bas de gamme”. Le but principal est de récupérer la flamme artistique de ces artistes et de s’approprier leurs droits. Aucun de ces artistes n’ira les réclamer à la Sacem, pour ça il faut résider en France.

RHODMAN ODIKA
• Comment ou qu’est ce qu’il faut faire pour y remédier ?

ALY MOULADY
● Une prise de conscience collective est nécessaire. La corporation artistique doit s’organiser, se structurer, se faire confiance avec des contrepoids qui permettront de récupérer les droits qui sont volés jusqu’alors. Le BCDA (Bureau Congolais des Droits d’Auteurs) est l’un des rares bureaux en Afrique encore sous tutelle de l’état alors qu’en réalité c’est une société d’artistes qu’ils montent pour gérer leurs droits. Que les jeunes se cultivent là dessus sinon ils finiront pauvres, ils doivent parler d’une seule voix et arrêter des querelles de gamins car ils se cherchent tous… Personne n’a une Villa, une voiture même pas un Vélo, rien…

RHODMAN ODIKA
• En tant qu’ancien, quel est ton apport à cette jeune génération ?

RHONDIKA: ALY MOULADY
● Qu’ils apprennent aussi à respecter les anciens, parce que de toute façon on apprend sur les réussites ou les échecs des précédents, je suis toujours ouvert à toute initiative constructive. Je leur conseille aussi de puiser dans le patrimoine discographique des anciens et de remettre à jour au lieu de vouloir imiter Shaggy ou Rihanna… L’originalité fera toujours la différence face au clonage, c’est une question de survie musicale.

RHODMAN ODIKA
• Nous sommes à la fin de notre entretien, qu’attendez-vous du public congolais et du Ministère de la culture ?

ALY MOULADY
● Du Ministère de la culture ? Rien. Les USA n’ont même pas ce Ministère, les artistes sont des libéraux. Cette profession a besoin d’un cadre légal pour s’épanouir… les textes datent des indépendances… il faut dépoussiérer tout ça! Le BCDA doit revenir aux créateurs, c’est la principale condition pour professionnaliser ce secteur car ce sont les droits d’auteurs qui font payer les villas et les jets. Le public congolais doit savoir qu’aimer la musique nigériane ne fera pas d’eux des nigérians, encore moins des ivoiriens. Ils doivent soutenir, pousser les artistes talentueux de notre pays.

Propos recueillis par Rhodman ODIKA
(Cerveau penseur).

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