De nos jours, un spectacle désolant s’invite désormais lors des événements tragiques : l’objectif du téléphone passe avant la main tendue.
Bagarres de rue, accidents de la circulation, inondations ou drames passionnels : plus rien n’échappe désormais à la lentille des smartphones. Ce qui servait autrefois à capturer des moments de joie familiale s’est transformé, pour certains, en un outil de traque au spectaculaire.
Dans nos quartiers, la course aux « vues », aux partages dans les groupes WhatsApp et à la popularité sur TikTok pousse des jeunes et parfois des plus vieux à privilégier de filmer la détresse humaine au lieu de venir en aide à la victime. On filme la victime qui gémit au sol, on zoome sur les blessures, parfois on commente même en direct comme un journaliste qui fait un plateau situation, mais bien souvent personne ne tend la main. Cette voyeurisation du malheur d’autrui installe progressivement une insensibilité collective dans notre société.
Une rupture avec nos valeurs traditionnelles de solidarité
Pourtant, la culture congolaise s’est construite sur le principe de la fraternité, du soutien communautaire et de la solidarité agissante. Dans le Congo d’hier, le problème du voisin était le problème de toute la ruelle. Face au danger, le cri d’alerte mobilisait immédiatement les bras disponibles.
En choisissant d’être de simples spectateurs armés d’un téléphone plutôt que des acteurs du secours, nous tournons le dos à ce qui faisait la force de notre vivre-ensemble.
Un outil de secours, pas une arme d’exposition
Lorsqu’une personne est confrontée à une situation difficile, la priorité devrait être d’alerter les services compétents, de prévenir sa famille ou ses proches, ou même de chercher des solutions rapides. Exposer la souffrance d’une personne en danger sur la toile, sans son consentement et dans un moment vulnérabilité, est un manque d’éthique et de respect pour la dignité de la personne.
Pour une prise de conscience citoyenne
Les outils numériques sont très importants car ils nous aident à apprendre, à nous informer et à progresser. Cependant, ils doivent être utilisés avec maturité et responsabilité. Avant d’appuyer sur le bouton « Enregistrer » lors d’un drame, mettons-nous à la place de l’autre. Car demain, la victime pourrait être nous. Donc, retrouvons le réflexe du cœur avant celui de l’écran.






